Ce mois de juin aura été marqué par des précipitations relativement faibles sur la région et un épisode de très fortes chaleurs lors de la deuxième quinzaine du mois. Les rapports aux normales montrent des déficits quasi généralisés sur les différentes variables suivies. Seules les pluies efficaces sur la moitié nord du Cotentin et les zones côtières sont proches, voire légèrement supérieures aux normales. Sur la période glissante des 12 derniers mois, le constat est similaire : seuls le centre Manche et l’amont du bassin de l’Eure continuent d’enregistrer des valeurs légèrement supérieures aux normales. Globalement, sur cette période, les déficits ont tendance à se stabiliser.
Sur les cours d’eau normands, le mois de juin est marqué par une baisse forte des débits sur les cours d’eau qui résistent le moins aux périodes de “stress thermique”, situés majoritairement sur les formations rocheuses de l’ouest de la région et dans le Pays de Bray en Seine-Maritime. Sur ces deux secteurs, les écarts aux normales se sont nettement accrus en juin, aboutissant fin juin à une situation majoritairement plus que décennale sèche, de mauvaise augure pour la suite de l’été. Sur le reste de la région, l’évolution en juin est dans son ensemble moins inquiétante, même si les têtes de bassin versants situés entre les départements de l’Eure et de l’Orne (Avre, Iton, Risle, Guiel, Charentonne, Touques, Orne amont) présentent, elles aussi, des débits bas pour un début d’été, dans la continuité des déficits constatés depuis le début de l’année dans ce secteur.
La Normandie est une région à l’interface entre les formations anciennes du massif armoricain sur son tiers ouest, dites du socle, et les formations sédimentaires plus récentes du bassin parisien sur les deux tiers est. Ces deux entités géologiques s’opposent par leurs caractéristiques physiques en lien avec leur âge et leur origine. Cette diversité géologique, additionnée d’un gradient climatique ouest-est et sud-nord se traduit naturellement par une diversité de comportements hydrologiques sur le territoire. La carte ci-dessous présente le territoire couvert par les unités d’hydrométrie de la DREAL Normandie, ainsi que les 4 zones utilisées pour commenter chaque mois la situation hydrologique dans différents secteurs normands. Ce zonage (massif armoricain, bassin parisien sud-Seine, bassin parisien nord-Seine, pays de Bray) a été construit de sorte à proposer une synthèse de la situation hydrologique représentative d’un ensemble de bassins versants dont le fonctionnement hydrologique est généralement assez homogène.
Carte lithologique au 1/1000000 ème et répartition des quatre grands ensembles hydrologiques. Survoler un des ensembles pour obtenir des informations sur son fonctionnement.
Les cartes ci-dessous sont produites par la DREAL à partir des données de la chaîne de modélisation SIM de Météo-France. Elles peuvent donc présenter de légères différences avec une analyse issue d’une autre donnée d’entrée produite par Météo-France.
Pour le mois de juin, les pluies cumulées s’étendent entre 24 et 63 mm avec une moyenne de 43 mm. A l’échelle de la région, cela correspond en moyenne à des écarts aux normales de -17 mm soit -28 %.
Ce mois est donc caractérisé par une pluviométrie faible à l’échelle de la région. D’ailleurs, aucun cumul de plus de 20 mm sur une journée n’a été observé durant le mois de juin. En termes d’écarts aux normales, la région affiche un bilan négatif généralisé, avec souvent un écart compris entre -10% et -25%. La zone la plus sèche se situe dans le centre du département de l’Eure et sur l’est de l’Orne, où le déficit est compris entre -25% et -50%. Seuls le centre du Cotentin, la vallée de la Seine de Rouen au Havre et les côtes seino-marines (sur une très fine bande côtière) enregistrent un déficit moins marqué .
Les pluies efficaces, quant à elles, s’échelonnent entre -53 et -10 mm avec une moyenne de -30 mm. A l’échelle de la région, cela correspond en moyenne à des écarts aux normales de -6 mm.
La région ayant connu une période exceptionnelle de très forte chaleur lors de la deuxième quinzaine du mois de juin, les pluies efficaces sont logiquement négatives sur l’ensemble de la Normandie. Malgré tout, ce déficit reste modéré au vu de la durée et de l’intensité de cette canicule et des précipitations mensuelles par ailleurs déficitaires. En effet, par rapport aux normales, sur les deux tiers nord du Cotentin ainsi que sur les côtes du Calvados et de la Seine-Maritime, les pluies efficaces — bien que négatives — affichent des valeurs légèrement supérieures à la normale (écart compris entre 0 et +10 mm). À l’inverse, sur le reste du territoire, et particulièrement sur la moitié sud de la région, les valeurs de pluies efficaces sont bien inférieures aux normales.
Données de précipitations issues du modèle SIM de Meteo-France. Les cartes de gauche correspondent aux cumul estimés, alors que les cartes de droites correspondent à l’écart absolu (en mm) aux normales 1991-2020 sur la même période.
Sur les 12 derniers mois, les pluies cumulées s’étendent entre 516 et 1139 mm avec une moyenne de 780 mm. Cela correspond en moyenne régionale à des écarts aux normales de -79 mm soit -9 %.
La légère amélioration observée le mois dernier s’est vite estompée. En effet, après ce mois de juin, il ne reste que deux zones qui continuent d’afficher un léger excédent sur 12 mois glissants : le centre du département de la Manche et une partie de l’amont du bassin de l’Eure, située en Eure-et-Loir.
Par ailleurs, des zones de forts déficits (supérieurs à 200 mm sur les douze derniers mois) refont leur apparition. C’est notamment le cas du pays de Bray, en Seine-Maritime.
Les pluies efficaces, quant à elles, s’échelonnent entre 85 et 499 mm avec une moyenne de 263 mm. Cela correspond en moyenne régionale à des écarts aux normales de -49 mm.
Le constat est donc similaire concernant les pluies efficaces. En effet, si leurs valeurs sur les douze derniers mois demeurent positives sur l’ensemble de la région, elles restent déficitaires par rapport aux normales sur la grande majorité du territoire (à l’exception toujours du centre de la Manche et de l’amont du bassin de l’Eure). La légère embellie observée en mai n’a donc pas perduré. On retrouve ainsi un déficit marqué en Seine-Maritime, et plus précisément sur le pays de Bray, où il dépasse localement les 200 mm.
Données de précipitations issues du modèle SIM de Meteo-France. Les cartes de gauche correspondent aux cumul estimés, alors que les cartes de droites correspondent à l’écart absolu (en mm) aux normales 1991-2020 sur la même période.
Sur les quatre grands secteurs hydrogéologiques de la région, on observe une stabilisation des valeurs de l’écart aux normales sur 12 mois cumulés. En effet, à l’exception du secteur du Massif armoricain, où l’écart aux normales est proche de zéro, les trois autres secteurs enregistrent un déficit de plus de 10 % sur 12 mois cumulés, le plus marqué étant celui du pays de Bray. Depuis un an, les mois présentant des excédents pluviométriques significatifs sont rares : il s’agit de février 2026 et de juillet 2025. Ce dernier ne fera plus partie de la moyenne glissante sur 12 mois à partir du mois prochain.
A la fin du mois, l’écart aux normales des précipitations annuelles (courbe verte) par ensemble hydrologique se distingue comme suit:
Anomalie de précipitation (en %) mensuelle et annuelle pour chaque secteur hydrologique. L’anomalie mensuelle est représentée sous forme de barres représentant le déficit (rouge) ou l’excédent (bleu) de pluie. L’écart absolu est également indiqué en survolant la barre. L’anomalie annuelle est représentée par la courbe continue verte, elle est calculée sur 12 mois glissants : la valeur pour un mois donné est calculée à partir des barres des 12 mois précédents.
En moyenne mensuelle, pour ce mois de juin, l’indice d’humidité des sols est compris entre 0.22 et 0.49 avec une moyenne de 0.33. Les écarts aux normales s’étendent entre -51% et 0% pour une moyenne de -34%.
En raison des faibles pluies et des très fortes chaleurs, les sols se sont nettement asséchés par rapport au 1er juin. L’indice d’humidité des sols est désormais inférieur aux normales partout sur la région. Les sols les plus secs se rencontrent notamment dans le Cotentin, le Centre-Manche et le Bessin, ainsi qu’autour d’une ligne allant de l’embouchure de la Dives, au nord, jusqu’au Perche, dans le sud de la région.
Répartition de l’indice d’humidité des sols «SWI» (de l’anglais Soil Wetness Index). Il représente, sur une profondeur d’environ deux mètres, l’état de la réserve en eau du sol par rapport à la réserve utile (eau disponible pour l’alimentation des plantes). Si le SWI est égal à 0, le sol est très sec et les végétaux ne peuvent plus en tirer d’eau, tandis que si le SWI est égale à un le sol à atteint sa réserve utile. Le SWI peut être inférieur à 0 (stress hydrique) ou supérieur à 1 (dépasse la réserve utile).
Le débit de base des cours d’eau, est représenté par la variable Q3Jn mensuel. Par rapport au mois précédent, les débits de base évoluent en moyenne de:
-45% [-85%; -15%] pour le Massif armoricain avec une période de retour moyenne de 10 ans sec contre 6 ans sec le mois précédent;
-22% [-81%; 13%] pour le Bassin parisien sud-Seine avec une période de retour moyenne de 5 ans sec contre 4 ans sec le mois précédent;
-7% [-14%; 1%] pour le Bassin parisien nord-Seine avec une période de retour moyenne de 3 ans sec contre 3 ans sec le mois précédent;
-36% [-42%; -30%] pour le Pays de Bray avec une période de retour moyenne de 10 ans sec contre 5 ans sec le mois précédent.
Sous l’effet d’un mois de juin peu arrosé et marqué par une forte hausse des températures en fin de mois, les débits de base, très majoritairement atteints au cours de sa dernière semaine, poursuivent leur baisse sur l’ensemble des cours d’eau normands.
Le contraste de fonctionnement entre les différents secteurs hydrogéologiques est particulièrement marqué dans ces conditions de fortes chaleurs. En effet le caractère très inertiel - donc plus résilient face à des “coups de chaud” - des cours d’eau du secteur nord-seine permet de maintenir des débits de base stables ou en baisse modérée (entre +2% et -14%) alors que cette baisse est très marquée sur les cours d’eau armoricains et du Pays de Bray - majoritairement moins soutenus par les apports souterrains - qui ont vu leur débit de base diminuer de moitié sur un tiers de leurs stations. Les baisses les plus importantes sont observées sur la Mayenne à Ambrières-les-Vallées, la Rouvre à Ségrie-Fontaine, l’Odon à Epinay-sur-Odon, la Cance à Tanques qui affichent en juin des débits de base trois fois plus faibles qu’en mai, voire jusqu’à sept fois plus faibles sur la Souleuvre à Carville.
D’un point de vue statistique, l’écart aux normales continue de se creuser fortement sur le quart nord-ouest de la région. Notamment, les cours d’eau du centre Manche, du Cotentin, du Bessin, la Vire aval et l’Orne amont affichent des déficits très prononcés pour un mois de juin, avec des débits de base bien souvent équivalents à ceux rencontrés habituellement en fin d’été. A contrario la partie sud du massif armoricain semble bénéficier d’un répit dans ce processus de tarissement saisonnier précoce, en raison notamment de conditions plus humides en mai sur tout ce secteur sud-ouest. Côté bassin parisien la situation évolue finalement assez peu par rapport au mois dernier. Les débits de base se maintiennent à des niveaux proches des normales à modérément secs, excepté sur l’ouest de ce secteur qui est installé depuis ce printemps dans une situation de déficit marqué.
Fin juin, deux tiers des stations du massif armoricain affichent des débits de base inférieurs aux valeurs décennales sèches et même inférieurs aux valeurs vingtennales sèches pour la moitié d’entre elles. Pour illustrer la sévérité de cette situation on constate qu’un tiers des stations du massif armoricain et du Pays de Bray enregistrent des débits de base figurant parmi les 3 années les plus basses pour un mois de juin, depuis le début des enregistrements. Pour les stations suivantes il s’agit même du débit de base de juin le plus sec jamais enregistré : la Sienne à Cérences (sur 17 ans de données), la Seulles à Juvigny-sur-Seulles (sur 44 ans), la Souleuvre à Carville (sur 55 ans), la Douve à Sottevast (sur 10 ans), l’Odon à Epinay-sur-Odon (sur 35 ans), la Drôme à Sully (sur 41 ans), le Trottebec à la Glacerie (sur 34 ans), la Taute à Saint-Sauveur-Lendelin (sur 32 ans) et l’Epte à Saumont-la-Poterie (sur 21 ans) .
Coté bassin parisien (hors Pays de Bray), c’est moins d’un quart des stations qui affichent des valeurs statistiques décennales sèches et 15% d’entre elles des valeurs vingtennales sèches. Quelques stations battent également leur record de débit bas pour un mois de juin : l’Ancre à Cricqueville-en-Auge (56 ans de données), l’Avre à Saint-Christophe-sur-Avre (21 ans), la Seulles à Tierceville (54 ans) et la Charentonne à la Trinité-de-Réville (23 ans).
Qualification statistique saisonnière du débit de base. Chaque point correspond à un site hydrométrique. Il est coloré en fonction de la rareté de la variable Q3Jn du mois en cours relativement aux statistiques de ce mois de l’année. Le survol avec la souris d’un site sur la carte à gauche permet de visualiser son nom et de repérer ce même site sur le graphique à droite, et inversement. Dans le graphique de droite, les sites sont regroupés au sein des 4 grands ensembles hydrogéologiques . Les sites de la Seulles à Tierceville, l’Orne à La Courbe, à Grimbosq, à Thury-Harcourt, la Laize à Fresney-le-Puceux, la Béthune à Saint-Aubin-le-Cauf, l’Epte à Fourges et l’Andelle à Vascoeuil présentent la particularité d’avoir leur bassin versant à cheval sur deux ensembles hydrologiques : ils ont été positionnés au sein d’un de ces deux ensembles, mais peuvent, de fait, présenter une situation hydrologique hydride. Enfin, certains sites identifiés comme focus (anneau noir) font l’objet de commentaires détaillés dans la section suivante.
Le débit moyen mensuel QmM est une variable qui intègre l’ensemble des écoulements mesurés sur le mois. Il est donc au moins supérieur ou égal au Q3Jn et sera d’autant plus élevé qu’il a beaucoup plu sur le mois considéré. Par rapport au mois précédent, les débits moyens mensuels évoluent en moyenne de:
-54% [-85%; -28%] pour le Massif armoricain avec une période de retour moyenne de 7 ans sec contre 3 ans sec le mois précédent;
-36% [-82%; -10%] pour le Bassin parisien sud-Seine avec une période de retour moyenne de 5 ans sec contre 3 ans sec le mois précédent;
-9% [-23%; 0%] pour le Bassin parisien nord-Seine avec une période de retour moyenne de 3 ans sec contre 3 ans sec le mois précédent;
-47% [-55%; -32%] pour le Pays de Bray avec une période de retour moyenne de 9 ans sec contre 3 ans sec le mois précédent.
À l’issue de ce mois déficitaire en pluies, les débits moyens mensuels repartent à la baisse sur l’ensemble des cours d’eau normands. Cette baisse, très marquée sur la majeure partie du territoire demeure plus modérée sur les rivières du bassin parisien nord-Seine, dont les écoulements restent fortement soutenus par les eaux souterraines. L’évolution des débits moyens mensuels en juin est donc très proche de celle observée pour les débits de base, commentée précédemment.
Toutefois, la dégradation de la situation statistique apparaît moins marquée pour les débits moyens mensuels que pour les débits de base. Les épisodes de pluie observés au début du mois de juin, bien que modérés, ont en effet permis de soutenir les débits moyens mensuels, sans pour autant enrayer la baisse des débits de base. Ainsi, bien qu’un tiers des stations enregistrent une diminution de plus de 50 % de leur débit moyen entre mai et juin, une seule station présente un débit moyen mensuel record pour un mois de juin : la Douve à Sottevast, sur une chronique limitée à dix ans de données.
Dans ce contexte de tarissement généralisé, les débits moyens mensuels, comme les débits de base, mettent en évidence les différences de fonctionnement hydrologique entre les différents secteurs géologiques de la région. La carte des débits moyens mensuels et le graphique des périodes de retour présentés ci-dessous illustrent une dégradation accélérée de la situation statistique suivant un gradient croissant d’est en ouest - les cours d’eau du Pays de Bray au nord-est faisant exception - avec une situation particulièrement sèche sur le nord-ouest de la région, où les débits moyens mensuels sont presque partout inférieurs aux valeurs décennales sèches.
Qualification statistique saisonnière du débit moyen mensuel. Chaque point correspond à un site hydrométrique. Il est coloré en fonction de la rareté de la variable QMM du mois en cours relativement aux statistiques de ce mois de l’année. Le survol avec la souris d’un site sur la carte à gauche permet de visualiser son nom et de repérer ce même site sur le graphique à droite, et inversement. Dans le graphique de droite, les sites sont regroupés au sein des 4 grands ensembles hydrogéologiques . Les sites de la Seulles à Tierceville, l’Orne à La Courbe, à Grimbosq, à Thury-Harcourt, la Laize à Fresney-le-Puceux, la Béthune à Saint-Aubin-le-Cauf, l’Epte à Fourges et l’Andelle à Vascoeuil présentent la particularité d’avoir leur bassin versant à cheval sur deux ensembles hydrologiques : ils ont été positionnés au sein d’un de ces deux ensembles, mais peuvent, de fait, présenter une situation hydrologique hydride. Enfin, certains sites identifiés comme focus (anneau noir) font l’objet de commentaires détaillés dans la section suivante.
On visualise bien sur le diagramme pluri-annuel ci-dessous:
l’étiage 2023 qui aura été marqué sur les cours d’eau du bassin parisien au sud de la Seine, du bassin de l’Eure jusqu’au bassin de la Dives, en passant par l’amont des bassins de l’Huisne et de la Sarthe. Les cours d’eau du Pays de Caux au nord de la Seine, du Pays de Bray et du massif armoricain ont globalement mieux résisté à cet étiage 2023 ;
sur tous les cours d’eau normands, la rupture très marquée qui est survenue en novembre 2023, faisant basculer les débits des cours d’eau dans une situation plus humide que les normales. Sur une longue période d’un an et demi environ s’étendant jusqu’au printemps 2025, les débits des cours d’eau se sont maintenus le plus souvent au-dessus des normales saisonnières de façon quasi continue, avec deux hivers successifs particulièrement humides, un printemps 2024 arrosé ponctué de crues tardives et localement fortes et enfin un étiage 2024 très peu marqué entre les deux ;
à compter de la fin de l’hiver 2024-2025, un glissement progressif en 2025 vers une situation proche des normales sur le Pays de Bray et les autres cours d’eau du bassin parisien et à nouveau nettement sèche sur les cours d’eau du massif armoricain qui ont connu un étiage 2025 marqué sans être exceptionnel (moins marqué qu’en 2022) ;
l’année 2026 qui a débuté sur une situation contrastée. Après une aggravation de la situation hydrologique en janvier en l’absence de précipitations hivernales significatives, notamment sur le massif armoricain et le bassin parisien au sud de la Seine, le mois de février a marqué un net retournement de situation qui a permis à la majorité des cours d’eau de la région de basculer à nouveau dans une situation humide ou proche des normales, en particulier sur le massif armoricain, le pays de Bray et le bassin parisien sud-Seine;
cette période d’excédents n’aura finalement été que de courte durée puisque les mois d’avril, de mai puis de juin marquent un retour net sur ces trois secteurs à une situation sèche, voire très sèche sur les cours d’eau du massif armoricain à partir de juin.
Evolution mensuelle de la qualification statistique du débit de base (Q3Jn). Ce diagramme permet de visualiser pour l’ensemble des sites utilisés dans ce bulletin, mois par mois depuis 3 ans, la rareté du débit de base pour le mois considéré. Chaque site est représenté par une ligne à l’intérieur de laquelle chaque case correspond à un mois. La couleur de la case représente la période de retour du Q3Jn de ce site pour ce mois. Le nom du site et la date d’observation du Q3Jn de chaque mois est accessible en survolant le graphique, case par case. Analysé site par site, par grand ensemble hydrogéologique ou à l’échelle complète de la Normandie, ce diagramme donne à voir les grandes tendances hydrologiques sur une profondeur de 3 ans.
Les hydrogrammes présentés ci-après illustrent de façon plus détaillée la situation hydrologique de quelques cours d’eau dont les comportements sont jugés soit représentatifs ce mois-ci des 4 grands ensembles hydrologiques de la région soit, au contraire, présentent un caractère singulier utile à commenter. Les stations identifiées en focus dans les cartes précédentes sont utilisées à cette fin. Les graphiques couvrent une période de 3 ans environ, permettant ainsi de suivre l’évolution des débits journaliers des derniers mois et de comparer d’une année à l’autre la situation pour une même saison.
Nous invitons le lecteur pour un suivi fin et sur de plus longues périodes, à se référer à la plateforme de suivi de la situation hydrologique normande, ou encore directement sur l’HydroPortail.
Sur l’Epte dans le Pays de Bray, ici sur la station amont de Saumont-la-Poterie, les hydrogrammes sont “installés” depuis ce printemps assez nettement sous la courbe médiane représentant les débits de base “normaux”. On visualise bien sur l’hydrogramme que l’hiver hydrologique passé a été bien moins volumique (donc moins “généreux” pour la ressource en eau) que les deux précédents. Après un printemps 2026 et un début d’été secs et chauds, on retrouve logiquement fin juin des débits très bas, d’une période de retour plus que décennale sèche. Il s’agit des débits les plus bas depuis 3 ans, observés dès la fin juin, ce qui témoigne de la précocité de la situation actuelle. Cela augure un étiage probablement sévère sur ce secteur.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
C’est au nord de la Seine que l’on observe les situations hydrologiques les moins sèches de la région. Pour autant, les cours d’eau de ce secteur présentent des dynamiques distinctes.
Au sein même du Pays de Caux, dont les cours d’eau sont très soutenus par la nappe et présentent toujours un fonctionnement très inertiel, on distingue:
- des cours d’eau qui parviennent à maintenir remarquablement leurs débits proches des normales et quasi constants depuis la sortie de l’hiver, et ce malgré les déficits de pluies accumulés depuis mars et les fortes chaleurs de juin. C’est le cas ci-dessous du petit fleuve côtier de la Ganzeville, mais aussi de la Lézarde à Montivilliers, du Cailly amont et également la Saâne à Val de Saâne ;
- des cours d’eau qui maintiennent leur débits encore proches des normales, ou légèrement inférieurs, mais qui ont enclenché clairement une dynamique à la baisse. C’est le cas de l’Austreberthe ci-dessous, mais également de la Valmont, de la Durdent, du Cailly aval et de l’Andelle aval;
Tout à l’est, en bordure du Vexin, l’Aubette-de-Magny, qui enregistrait des valeurs de débit supérieures aux valeurs interannuelles depuis octobre 2023, voit pour la première fois depuis 2 ans et demi son débit de base approcher la médiane, avec une dynamique à la baisse marquée depuis avril, malgré les effets temporaires des pluies printanières.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Sur cette partie sud du bassin parisien normand, les débits sont partout à la baisse en juin, mais les situations sont très hétérogènes en termes de rapport aux normales saisonnières:
quelques stations, très minoritaires, présentent encore des débits qui se maintiennent proches des normales depuis ce printemps. Elles sont majoritairement situées sur le bassin de l’Eure : l’Eure amont à Charpont, la Drouette à Saint-Martin-de-Nigelles ci-dessous, l’Avre aval à Acon et Muzy, l’Eure aval à Louviers. C’est probablement la conséquence de pluies légèrement excédentaires sur les douze derniers mois sur ce secteur (voir partie “pluviométrie”). La Calonne, affluent de la Touques, connue pour son très fort soutien par la nappe, présente une situation similaire dans un secteur pourtant assez éloigné;
la majorité des stations présentent des débits inférieurs aux normales saisonnières depuis avril. Les écarts aux normales sont variables, allant de déficits modérés comme ci-dessous sur la Même, affluent de l’Huisne dans le sud de l’Orne, à des déficits plus marqués comme sur la Charentonne à La Trinité-de-Réville ci-dessous, qui affiche pour le deuxième mois consécutif des débits de base plus faibles que les valeurs vingtennales sèches. On retrouve des constats similaires ou proches de débits très bas pour un mois de juin sur la Risle amont, la Dives amont et l’Ure, affluent amont de l’Orne.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
A l’ouest de la Normandie, les cours d’eau du massif armoricain sont ceux qui ont été les plus sensibles à la période de fortes chaleurs de fin juin. Moins soutenus dans leur majorité par les apports souterrains que les autres cours d’eau normands, ils souffrent davantage de ces périodes caniculaires. La conséquence est une accélération dans le rythme de baisse des débits pendant ces périodes de “stress thermique”. On le constate sur tous les hydrogrammes de ce secteur, malgré une petite hausse temporaire observée début juin.
Cette dynamique de baisse marquée aboutit fin juin à des débits plus que vingtennaux secs sur de nombreuses stations, concentrées dans le Bessin, le centre et le nord de la Manche : on le constate ici sur les deux hydrogrammes de la Drôme à Sully et de la Vire à Saint-Lô. La rareté saisonnière des débits observés s’y accroît nettement depuis avril.
Le sud de la Manche est - pour le moment - la seule exception dans l’ouest de la Normandie à ce constat inquiétant de début d’été. Le Thar, ci-dessous à la station de Jullouville, les affluents aval de la Sée, la Sélune aval on encore le Beuvron présentent ainsi depuis plusieurs mois des débits proches des normales - légèrement inférieurs tout de même -. Cette situation moins défavorable s’explique par deux facteurs qui se conjuguent : d’une part par des pluies plus abondantes sur le sud-Manche qu’ailleurs depuis le début de l’année 2026 (avec des fortes crues notamment en février) et d’autre part par la géologie de ce secteur, en partie granitique, plus propice à l’infiltration des pluies dans le sous-sol, avec une restitution différée des excédents de pluies hivernales, bénéfique pendant l’étiage.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Année hydrologique : période continue de douze mois choisie de façon à minimiser les reports hydrologiques d’une année sur l’autre. Elle débute à une date de l’année où les réserves sont au plus bas et est donc choisie en fonction des conditions climatiques de chaque région. En Normandie, celle-ci débute par convention au 1er septembre.
Évapotranspiration : quantité d’eau évaporée (à la surface du sol et des étendues d’eau) et transpirée par les plantes. Elle peut être potentielle (quantité d’eau potentiellement mis en jeu) ou réelle (quantité d’eau effectivement évapotranspirée).
Pluies efficaces : les pluies (ou précipitations) efficaces sont égales à la différence entre les précipitations totales et l’évapotranspiration réelle. Ces précipitations sont soit stockées, soit infiltrées (recharge des nappes) soit ruisselées.
Niveau piézométrique (ou par raccourci piézométrie): altitude ou profondeur (par rapport au sol) de la surface de la nappe souterraine.
Recharge des nappes: période/phénomène d’augmentation des niveaux des eaux souterraines. On parle régulièrement de recharge hivernale.
Vidange des nappes: période/phénomène de baisse des niveaux des eaux souterraines. On parle régulièrement de vidange estivale.
Débit de base / VCN3 / Q3Jn : il s’agit du débit du cours d’eau en l’absence de ruissellement consécutif à de récentes précipitations. La grandeur choisie pour le quantifier est le VCN3, débit moyen minimal calculé sur trois jours consécutifs pour une période donnée (mensuelle pour ce bulletin)
Hydraulicité : rapport du débit moyen sur une période donnée (mensuelle ou annuelle) à sa moyenne interannuelle sur cette même période. Elle permet de positionner simplement le débit d’une année ou d’un mois donné par rapport à l’année normale ou au mois normal.
Médiane : pour un échantillon de valeurs ordonnées, la médiane correspond à la valeur qui se trouve au point milieu de cette liste, permettant de couper l’ensemble des valeurs en deux parties égales (50%) en nombre de valeurs. Elle diffère de la moyenne de ces valeurs.
Fréquence ou Période de retour : la fréquence (au dépassement) d’un événement est la probabilité que cet événement soit atteint ou dépassé chaque année. La période de retour (ou récurrence) est l’inverse de la fréquence. Exemple : une crue décennale a, chaque année, une chance sur dix d’être atteinte ou dépassée
Débit mensuel quinquennal humide (resp. sec) : pour un mois considéré, c’est le débit mensuel qui a une probabilité de 1/5 (resp. 4/5) d’être dépassé chaque année. Il permet de caractériser un mois calendaire de forte hydraulicité.
Débit de base quinquennal humide (resp. sec) : c’est le débit de base (Q3Jn) qui a une probabilité de 1/5 (resp. 4/5) d’être dépassé chaque année.
Tarissement d’une rivière: phénomène de décroissance régulière du débit en l’absence de précipitations et d’intervention humaine
Étiage : période de l’année hydrologique où le débit d’un cours d’eau est bas. Il s’établit par le tarissement progressif du cours d’eau peu ou pas entrecoupé de précipitations.