En février, les pluies ont été abondantes sur l’ensemble de la région et largement excédentaires. Cela se traduit par des cumuls de pluies efficaces particulièrement importants sur ce mois, ou l’absence d’évapotranspiration limite les pertes. Ce contexte pluvieux favorise un retour généralisé à des sols très humides sur la région, à l’image du mois de janvier 2025. Toutefois, si ces cumuls permettent une amélioration de la situation, la pluviométrie cumulée sur l’année de la Normandie reste très souvent inférieure à la normale. Une succession de mois avec un excédent pluviométrique sera donc certainement nécessaire pour observer une inversion de cette tendance.
A l’image d’un mois d’hiver très pluvieux, les cours d’eau normands ont suivi une tendance à la hausse très nette de leur débit. Cette hausse est particulièrement marquée sur les cours d’eau situés sur le bassin parisien au sud de la Seine et sur le massif armoricain, deux secteurs particulièrement arrosés. Le mois de février marque ainsi une rupture assez nette dans l’évolution des débits : alors que les débits étaient majoritairement faibles à très faibles en début d’année pour un mois de janvier, sur beaucoup de nos sites hydrologiques, le mois de février 2026 constitue un record sur les débits mensuels de février, et parfois sur le débit de base (dans le massif armoricain). Ce constat est plus contrasté au nord de la Seine qui, à son habitude, n’en verra les bénéfices que plus tard dans l’année.
La Normandie est une région à l’interface entre les formations anciennes du massif armoricain sur son tiers ouest, dites du socle, et les formations sédimentaires plus récentes du bassin parisien sur les deux tiers est. Ces deux entités géologiques s’opposent par leurs caractéristiques physiques en lien avec leur âge et leur origine. Cette diversité géologique, additionnée d’un gradient climatique ouest-est et sud-nord se traduit naturellement par une diversité de comportements hydrologiques sur le territoire. La carte ci-dessous présente le territoire couvert par les unités d’hydrométrie de la DREAL Normandie, ainsi que les 4 zones utilisées pour commenter chaque mois la situation hydrologique dans différents secteurs normands. Ce zonage (massif armoricain, bassin parisien sud-Seine, bassin parisien nord-Seine, pays de Bray) a été construit de sorte à proposer une synthèse de la situation hydrologique représentative d’un ensemble de bassins versants dont le fonctionnement hydrologique est généralement assez homogène.
Carte lithologique au 1/1000000 ème et répartition des quatre grands ensembles hydrologiques. Survoler un des ensembles pour obtenir des informations sur son fonctionnement.
Les cartes ci-dessous sont produites par la DREAL à partir des données de la chaîne de modélisation SIM de Météo-France. Elles peuvent donc présenter de légères différences avec une analyse issue d’une autre donnée d’entrée produite par Météo-France.
Pour le mois de février, les pluies cumulées s’étendent entre 75 et 196 mm. A l’échelle de la région, cela correspond en moyenne à des écarts aux normales de 69 mm soit 107 %.
Ce mois de février 2026 a donc été un mois extrêmement pluvieux sur l’ensemble de la Normandie. On observe un nombre de jours pluvieux très conséquent, jusqu’à 22 jours dans la Manche et en termes de cumuls journaliers, les journées suivantes sont à noter sur quelques pluviomètres de la région :
le 10 février avec 21,8 mm à Rouen ;
le 11 février avec 20 mm à Rouen, 20,6 mm à Alençon et 21,8 mm à Evreux ;
le 17 février avec 20,2 mm à Alençon ;
le 18 février avec 20,9 mm à Gonneville, près de Cherbourg;
le 23 février avec 23,4 mm à Gonneville.
Par ailleurs, on notera qu’il s’agit du mois de février le plus pluvieux sur les pluviomètres d’Évreux (depuis 1968) avec 125,7 mm et au Havre (depuis avec 1950) avec 135 mm.
Les plus forts cumuls mensuels, supérieurs à 150 mm sont observés principalement sur le département de la Manche, le centre du pays de Caux et ponctuellement le centre du bassin versant de la Risle.
Les rapports aux normales sont largement positifs sur toute la région pour ce mois, avec des valeurs supérieures aux normales comprises en + 25 mm et + 100 mm. Les surplus les plus importants sont observés sur le département de la Manche et sur les bassins versants de la Risle - Charentonne, de l’Iton et de l’Eure amont.
Les pluies efficaces, quant à elles, s’échelonnent entre 61 et 169 mm. A l’échelle de la région, cela correspond en moyenne à des écarts aux normales de 69 mm.
Avec une évapotranspiration saisonnière quasiment nulle et des cumuls pluviométriques très importants, le bilan hydrique est donc largement positif sur l’ensemble de la région La carte d’écart aux normales des pluies efficaces est donc sensiblement équivalente à celle des pluies mensuelles avec des valeurs de pluie efficaces particulièrement élevées sur le département de la Manche et les bassin versant de la Risle-Charentonne, de l’Iton et de l’Eure amont (entre 75 et 100 mm au-dessus des valeurs normales).
Données de précipitations issues du modèle SIM de Meteo-France. Les cartes de gauche correspondent aux cumul estimés, alors que les cartes de droites correspondent à l’écart absolu (en mm) aux normales 1991-2020 sur la même période.
Sur les 12 derniers mois, les pluies cumulées s’étendent entre 502 et 1115 mm. Cela correspond en moyenne régionale à des écarts aux normales de -101 mm soit -12 %.
La situation s’améliore grâce aux cumuls importants observés sur ce mois. Des zones légèrement excédentaires apparaissent à nouveau sur le centre Manche, le centre du bassin versant de la Risle-Charentonne et sur l’Eure amont. Toutefois le reste la région continue d’afficher des valeurs cumulées sur les 12 derniers mois inférieures aux normales, le déficit le plus important se situant principalement sur le pays de Bray et le secteur d’Argentan.
Les pluies efficaces, quant à elles, s’échelonnent entre 68 et 514 mm. Cela correspond en moyenne régionale à des écarts aux normales de -60 mm.
De même que pour les cumuls sur l’année, les cumuls de pluies efficaces sur 12 mois retrouvent également “quelques couleurs”. En effet, ce mois de février permet d’observer à nouveau des zones (les même qu’évoquées dans le paragraphe précédent) avec une pluviométrie efficace légèrement supérieures aux normales. Si la situation s’améliore également sur le reste de la région, les valeurs cumulées de pluie efficace sur les 12 derniers mois restent souvent légèrement inférieures aux normales (entre 0 et - 100 mm). C’est encore sur le nord de la Seine-Maritime et le pays de Bray ainsi que le secteur d’Argentan et le pays d’Ouche que les valeurs sont les plus déficitaires (entre -100 mm et -300 mm).
Données de précipitations issues du modèle SIM de Meteo-France. Les cartes de gauche correspondent aux cumul estimés, alors que les cartes de droites correspondent à l’écart absolu (en mm) aux normales 1991-2020 sur la même période.
Le caractère très humide de ce mois est donc bien visible sur l’ensemble des quatre grands secteurs hydrogéologique de la région. On constate également que l’importance des cumuls de février permettent d’infléchir la courbe d’écart aux normales des cumuls sur 12 mois (courbe verte) même si celle-ci reste inférieure aux normales sur tous les secteurs. Un retour généralisé à des valeurs proches des normales nécessitera donc plusieurs mois avec une pluviométrie excédentaire.
Les quatre graphiques ci-dessous permet bien d’observer la succession de mois déficitaires à partir de février 2025 entraînant des valeurs de cumuls pluviométriques inférieurs aux normales. Le seul mois d’excédent pluviométrique significatif entre janvier 2025 et février 2026 aura été juillet 2025, à une période où une part importante de cet excédent est évapotranspiré (évaporation et absorption / transpiration par les plantes), ne parvenant que peu aux cours d’eau et aux nappes. ** On saisit bien dans ce contexte les bénéfices bienvenus des pluies abondantes de février 2026 pour la ressource en eau.**
A la fin du mois, l’écart aux normales des précipitations annuelles (courbe verte) par ensemble hydrologique se distingue comme suit:
Anomalie de précipitation (en %) mensuelle et annuelle pour chaque secteur hydrologique. L’anomalie mensuelle est représentée sous forme de barres représentant le déficit (rouge) ou l’excédent (bleu) de pluie. L’écart absolu est également indiqué en survolant la barre. L’anomalie annuelle est représentée par la courbe continue verte, elle est calculée sur 12 mois glissants : la valeur pour un mois donné est calculée à partir des barres des 12 mois précédents.
En moyenne mensuelle, pour ce mois de février, l’indice d’humidité des sols est compris entre 0.78 et 1.17 avec une moyenne de 1. Les écarts aux normales s’étendent entre -12% et 20% pour une moyenne de 11%.
Les sols apparaissent donc humides de manière généralisée sur la région pour ce mois de février. Cette situation ne s’était plus produite depuis le mois de janvier 2025.
Répartition de l’indice d’humidité des sols «SWI» (de l’anglais Soil Wetness Index). Il représente, sur une profondeur d’environ deux mètres, l’état de la réserve en eau du sol par rapport à la réserve utile (eau disponible pour l’alimentation des plantes). Si le SWI est égal à 0, le sol est très sec et les végétaux ne peuvent plus en tirer d’eau, tandis que si le SWI est égale à un le sol à atteint sa réserve utile. Le SWI peut être inférieur à 0 (stress hydrique) ou supérieur à 1 (dépasse la réserve utile).
Le débit de base des cours d’eau, est représenté par la variable Q3Jn mensuel. Par rapport au mois précédent, les débits de base évoluent en moyenne de:
303% [71%; 1131%] pour le Massif armoricain avec une période de retour moyenne de 8 ans humide contre 5 ans sec le mois précédent;
169% [18%; 718%] pour le Bassin parisien sud-Seine avec une période de retour moyenne de 3 ans humide contre 5 ans sec le mois précédent;
16% [3%; 57%] pour le Bassin parisien nord-Seine avec une période de retour moyenne de 2 ans sec contre 3 ans sec le mois précédent;
205% [113%; 313%] pour le Pays de Bray avec une période de retour moyenne de 3 ans humide contre 7 ans sec le mois précédent.
Compte tenu d’un épisode pluvieux quasi-continu entre le 9 et le 19 février, les débits de base sont généralement atteints en début de mois excepté, sur quelques stations qui les atteignent en toute fin de période à la faveur d’une accalmie des précipitations lors de la dernière décade : c’est le cas de la Même à Souvigné-sur-Même, de l’Odon à Epinay-sur-Odon, de l’Eure à Saint-Luperce, de la Mayenne à Madré et de la Sarthe à Saint-Céneri-le-Gerei.
L’augmentation des débits de base observée depuis fin janvier s’amplifie en février sur la majeure partie des cours d’eau du territoire, tout en restant modérée sur les rivières cauchoises. Cette dynamique est bien marquée sur le bassin parisien sud-seine, où les débits de base sont au moins deux fois supérieurs à ceux de janvier sur environ la moitié des stations. Mais ce sont les secteurs du massif armoricain et du pays de Bray qui se distinguent avec des valeurs en très forte hausse. Les débits de base y sont partout au minimum doublés par rapport à janvier, et triplés sur près des deux tiers des stations. Les augmentations les plus importantes sont observées sur la Mayenne à Madré et Ambrières-les-Vallées ainsi que sur la Sarthe à Saint-Céneri-le-Gérei, où les débits atteignent jusqu’à huit fois ceux de janvier, et jusqu’à douze fois sur la Cance à Tanques. Les cours d’eau de ce secteur du “centre-sud” de la région présentait des débits particulièrements faibles au mois de janvier (voir bulletin de janvier).
Trois quarts des stations du massif armoricain présentent ainsi des débits de base d’un mois de février qui se classent parmi les cinq plus forts observés depuis le début des enregistrements. Pour la Douve à Sottesvast il s’agit en outre du plus fort débit de base enregistré (sur seulement 10 ans de données), et des seconds plus forts sur l’Airou au Mesnil-Rogues et l’Odon à Epinay-sur-Odon (respectivement 30 et 33 ans de données).
D’un point de vue statistique, la carte ci-dessous présente une situation très contrastée entre l’est et l’ouest de la région. L’ensemble du secteur armoricain a basculé dans une situation très humide, plus de la moitié des stations affichant une fréquence de retour supérieure à la décennale humide pour un mois de février. Coté bassin parisien, si l’effet des pluies n’est que très peu visible sur le pays de Caux, le secteur sud-seine connaît en revanche une évolution notable, passant d’une situation sèche à localement très sèche le mois dernier à une situation normale à légèrement humide sur la majeure partie de ce secteur.
Qualification statistique saisonnière du débit de base. Chaque point correspond à un site hydrométrique. Il est coloré en fonction de la rareté de la variable Q3Jn du mois en cours relativement aux statistiques de ce mois de l’année. Le survol avec la souris d’un site sur la carte à gauche permet de visualiser son nom et de repérer ce même site sur le graphique à droite, et inversement. Dans le graphique de droite, les sites sont regroupés au sein des 4 grands ensembles hydrogéologiques . Les sites de la Seulles à Tierceville, l’Orne à La Courbe, à Grimbosq, à Thury-Harcourt, la Laize à Fresney-le-Puceux, la Béthune à Saint-Aubin-le-Cauf, l’Epte à Fourges et l’Andelle à Vascoeuil présentent la particularité d’avoir leur bassin versant à cheval sur deux ensembles hydrologiques : ils ont été positionnés au sein d’un de ces deux ensembles, mais peuvent, de fait, présenter une situation hydrologique hydride. Enfin, certains sites identifiés comme focus (anneau noir) font l’objet de commentaires détaillés dans la section suivante.
Le débit moyen mensuel QMM est une variable qui intègre l’ensemble des écoulements mesurés sur le mois. Il est donc au moins supérieur ou égal au Q3Jn et sera d’autant plus élevé qu’il a beaucoup plu sur le mois considéré. Par rapport au mois précédent, les débits moyens mensuels évoluent en moyenne de:
118% [43%; 223%] pour le Massif armoricain avec une période de retour moyenne de 12 ans humide contre 2 ans sec le mois précédent;
232% [66%; 486%] pour le Bassin parisien sud-Seine avec une période de retour moyenne de 8 ans humide contre 5 ans sec le mois précédent;
36% [13%; 85%] pour le Bassin parisien nord-Seine avec une période de retour moyenne de 3 ans humide contre 3 ans sec le mois précédent;
122% [68%; 171%] pour le Pays de Bray avec une période de retour moyenne de 6 ans humide contre 3 ans sec le mois précédent.
Ce mois de février très pluvieux confirme la reprise généralisée des écoulements sur les cours d’eau normands. En effet, les débits moyens mensuels sont partout en hausse et plus de la moitié des stations enregistrent des débits a minima deux fois supérieurs à ceux de janvier.
De manière assez inhabituelle, cette reprise reste plus marquée sur le bassin parisien sud-seine que sur le massif armoricain, situation qui s’explique par le fort déficit pluviométrique accumulé sur le secteur sud-seine en fin d’année 2025. Ainsi certains des cours d’eau de ce secteur qui ont déjà vu leur débit multiplié par deux ou par trois en janvier enregistrent à nouveau en février une augmentation importante de leurs écoulements. C’est le cas notamment de l’Ure au Bourg-Saint-Léonard, de l’Eure à Saint-Luperce, de la Dives à Saint-Lambert-sur Dives ou encore de la Sarthe à Saint-Céneri-le-Gerei qui voient leur débit multiplié par quatre ou cinq en février.
Contrairement aux débits de base, la situation statistique des débits moyens mensuels apparaît moins hétérogène à l’échelle régionale. Les seules exceptions concernent le secteur cauchois et les cours d’eau côtiers seino-marins du nord du département, en particulier la Bresle et l’Yères, qui sont les deux seuls cours d’eau à présenter des débits moyens mensuels inférieurs aux normales d’un mois de février.
La moitié des stations normandes affichent une fréquence de retour supérieur à la décennale humide pour un mois de février et près d’un quart dépassent la vingtennale humide. Ainsi, près d’un tiers des stations ont enregistré un débit moyen mensuel figurant parmi les trois plus élevés observé en février depuis le début des mesures, et pour neuf d’entre elles il s’agit du débit moyen de février le plus élevé jamais observé : la Douve à Sottevast (sur 10 ans de données), de la Sienne à Cérences (16 ans), de l’Airou au Mesnil-Rogues (30 ans), de la Mayenne à Madré (31 ans), de la Sée à Chérencé-le-Roussel (32 ans), du Beuvron à Saint-Senier-de-Beuvron (32 ans), de l’Odon à Épinay-sur-Odon (33 ans), de la Calonne aux Authieux-sur-Calonne (54 ans) et de l’Eure à Saint-Luperce (58 ans).
Qualification statistique saisonnière du débit moyen mensuel. Chaque point correspond à un site hydrométrique. Il est coloré en fonction de la rareté de la variable QMM du mois en cours relativement aux statistiques de ce mois de l’année. Le survol avec la souris d’un site sur la carte à gauche permet de visualiser son nom et de repérer ce même site sur le graphique à droite, et inversement. Dans le graphique de droite, les sites sont regroupés au sein des 4 grands ensembles hydrogéologiques . Les sites de la Seulles à Tierceville, l’Orne à La Courbe, à Grimbosq, à Thury-Harcourt, la Laize à Fresney-le-Puceux, la Béthune à Saint-Aubin-le-Cauf, l’Epte à Fourges et l’Andelle à Vascoeuil présentent la particularité d’avoir leur bassin versant à cheval sur deux ensembles hydrologiques : ils ont été positionnés au sein d’un de ces deux ensembles, mais peuvent, de fait, présenter une situation hydrologique hydride. Enfin, certains sites identifiés comme focus (anneau noir) font l’objet de commentaires détaillés dans la section suivante.
On visualise bien sur le diagramme pluri-annuel ci-dessous:
l’étiage 2023 qui aura été marqué sur les cours d’eau du bassin parisien au sud de la Seine, du bassin de l’Eure jusqu’au bassin de la Dives, en passant par l’amont des bassins de l’Huisne et de la Sarthe. Les cours d’eau du Pays de Caux au nord de la Seine, du Pays de Bray et du massif armoricain ont globalement mieux résisté à cet étiage 2023;
sur tous les cours d’eau normands, la rupture très marquée qui est survenue en novembre 2023, faisant basculer les débits des cours d’eau dans une situation plus humide que les normales. Sur une longue période d’un an et demi environ s’étendant jusqu’au printemps 2025, les débits des cours d’eau se sont maintenus le plus souvent au-dessus des normales saisonnières de façon quasi continue, avec deux hivers successifs particulièrement humides, un printemps 2024 arrosé ponctué de crues tardives et localement fortes et enfin un étiage 2024 très peu marqué entre les deux;
depuis la fin de l’hiver 2024-2025, un glissement progressif vers une situation proche des normales sur le Pays de Bray et les autres cours d’eau du bassin parisien et à nouveau nettement sèche sur les cours d’eau du massif armoricain qui ont connu un étiage 2025 marqué sans être exceptionnel (moins marqué qu’en 2022);
L’année 2026 débute sur une situation contrastée. Après une pause en janvier dans l’amélioration des écoulements observée à la fin de l’année 2025, notamment sur le massif armoricain et le pays de Bray, le mois de février marque un net retournement de situation. La majorité des cours d’eau de la région bascule à nouveau dans une situation humide ou proche des normales. Cette évolution particulièrement visible sur le massif armoricain, le pays de Bray et le bassin parisien sud-seine, reste plus modérée sur les cours d’eau très inertiels du secteur nord-seine. Les mois à venir nous diront si cette rupture de situation en février est pérenne ou s’il s’agissait d’une “parenthèse” de courte durée.
Evolution mensuelle de la qualification statistique du débit de base (Q3Jn). Ce diagramme permet de visualiser pour l’ensemble des sites utilisés dans ce bulletin, mois par mois depuis 3 ans, la rareté du débit de base pour le mois considéré. Chaque site est représenté par une ligne à l’intérieur de laquelle chaque case correspond à un mois. La couleur de la case représente la période de retour du Q3Jn de ce site pour ce mois. Le nom du site et la date d’observation du Q3Jn de chaque mois est accessible en survolant le graphique, case par case. Analysé site par site, par grand ensemble hydrogéologique ou à l’échelle complète de la Normandie, ce diagramme donne à voir les grandes tendances hydrologiques sur une profondeur de 3 ans.
Les hydrogrammes présentés ci-après illustrent de façon plus détaillée la situation hydrologique de quelques cours d’eau dont les comportements sont jugés soit représentatifs ce mois-ci des 4 grandes ensembles hydrologiques de la région soit, au contraire, présentent un caractère singulier utile à commenter. Les stations identifiées en focus dans les cartes précédentes sont utilisées à cette fin. Les graphiques couvrent une période de 3 ans environ, permettant ainsi de suivre l’évolution des débits journaliers des derniers mois et de comparer d’une année à l’autre la situation pour une même saison.
Nous invitons le lecteur pour un suivi fin et sur de plus longues périodes, à se référer à la plateforme de suivi de la situation hydrologique normande, ou encore directement sur l’HydroPortail.
A Saint-Aubin-le-Cauf, la Béthune présente une réaction importante à la suite des précipitations de février. La situation hydrologique observée était globalement proche des normales depuis 1 an, mais avait tendance à se dégrader lentement depuis la fin 2025 en lien avec des précipitations déficitaires. L’hydrogramme montre clairement un saut en février. On y retrouve d’ailleurs des valeurs de débit de base sensiblement identiques à celles de février 2025.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Plus au sud du Bray, nous retrouvons un secteur - l’un des rares d’ailleurs - toujours en excédent d’écoulement depuis maintenant près de 3 années. Il s’agit de la partie du Vexin à l’interface entre l’Eure et le Val-d’Oise, représenté par l’Aubette-de-Magny à Ambleville. En février, les débits de ce cours d’eau décollent franchement pour atteindre le seuil de crue décennal (Q3Jx-10ans, en trait noir plein sur le graphique). Cette situation dénote avec les cours d’eau voisins et notamment ceux du Bray qui sont pourtant en général les plus réactifs du secteur et qui ce mois-ci restent inférieurs aux crues de janvier 2025. A l’inverse sur l’Aubette, la crue de février 2026 surpasse celle de janvier 2025. Il convient donc de distinguer ce secteur Vexin au regard de notre territoire Pays de Caux souvent considéré dans son ensemble de manière homogène.
Tout au nord de la région, à la frontière avec la Somme, l’Yères à Touffreville-sur-Eu se démarque avec des débits qui restent encore globalement faibles (proches de la normale saisonnière) ce qui contraste fortement avec le commentaire précédent. Rappelons tout de même que les cumuls du mois certes anormalement élevés à l’échelle du département (+58 mm), sont dans ce secteur plutôt de l’ordre de +25 mm (voir cartes de pluies plus haut dans le bulletin). C’est également dans ce “coin” nord-est de la région qu’on observe les déficits de pluies les pluies marqués sur un an. Par rapport à 2024 et 2025, la hausse des débits reste donc très limitée.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Sur le bassin parisien sud-Seine, la situation commençait à se dégrader sérieusement le mois précédent (des débits de base en moyenne proches de la quinquennale sèche) : l’arrivée d’un mois pluvieux rééquilibre le bilan. Sur la Calonne aux Authieux-sur-Calonne l’hydrogramme dépasse à nouveau la courbe des débits médians et présente un débit de base supérieur à la valeur décennale humide de février. Le débit moyen maximal observé sur 3 jours ce mois atteint la crue quinquennale (Q3Jx-5ans, en trait horizontal pointillés sur le graphique). Cette situation favorable n’est en revanche pas représentative de l’ensemble du territoire : sur le bassin de la Risle-Charentonne (notamment Charentonne!) les débits sont de manière générale plus faibles (sous la courbe médiane).
Ce constat est sensiblement identique sur la Sarthe à Saint-Céneri-le-Gérei. L’écart entre la situation de janvier et celle d’aujourd’hui est cependant bien plus marquée (passage d’une situation très déficitaire à très excédentaire). Par rapport au mois précédent, le débit de base et le débit moyen mensuel augmentent de respectivement 718 % et 335 %! Il s’agira de voir comment se maintient cette situation dans le temps.
Pour terminer sur ce secteur sud-seine, nous invitons le lecteur à observer l’hydrogramme de Saint-Luperce (Eure amont). Ici aussi le débit était globalement déficitaire (au regard de la courbe médiane) depuis novembre 2025. A compter de fin janvier c’est une situation totalement inverse qui s’observe avec une augmentation de 475 % des débits de base et des débits moyens mensuels. De telles hausses mensuelles s’observent habituellement dans le secteur du massif armoricain, à la fin de l’étiage et à la reprise des écoulements. Cela montre à quel point une situation dégradée peut rapidement s’inverser sur les cours d’eau à l’issue d’une séquence pluviométrique suffisamment intense et longue.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Sur la Manche, les cumuls pluviométriques mensuels sont largement supérieurs aux normales (> 75 mm) et sur ce territoire réactif aux pluies, cela se ressent sur les débits de pointe. Sur les bassins versant de la Sée et de la Sélune, des crues importantes ont été observées entre le 15 et le 20 février, avec des débits de pointe qui n’avaient plus été observées au moins depuis 1999. Par exemple, sur le Beuvron, affluent aval de la Sélune, à Saint-Senier-de-Beuvron, le débit moyen sur 3 jours maximum, observé le 20 février dépasse largement la valeur décennale (Q3Jx-10ans, en trait noir plein sur le graphique). Au regard des débits de base également, il y a une nette augmentation visible sur le mois, mais la baisse rapide qui s’ensuit laisse à penser que cela ne perdurera pas.
Plus au nord sur la Douve, la réaction est plus modérée mais elle s’étale en revanche dans le temps, ce qui caractérise deux fonctionnements hydrologiques différents. Par exemple, le débit de base sur la période allant du 6 janvier au 28 février est resté au dessus du débit de base décennal, en lien avec l’enchaînement des séquences pluvieuses.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Graphique d’évolution des débits (hydrogramme) sur 3 ans. La courbe en bleu représente les débits moyens mesurés sur 3 jours consécutifs. Les pastilles colorées permettent de visualiser les valeurs les plus basses de chaque mois (Q3Jn) : elles sont positionnées à la date à laquelle ces valeurs sont observées et colorées selon leur rareté (période de retour) pour le mois considéré, aidant à l’analyse de la situation en moyennes et basses eaux, notamment pour le suivi de la ressource en eau. La courbe médiane (en vert) correspond au débit qui a une chance sur deux d’être observé ce même jour. Enfin, les deux droites en haut du graphique correspondent aux débits de crues de période de retour 5 ans et 10 ans (moyennés sur 3 jours, en cohérence avec la courbe des débits observés), aidant à l’évaluation de l’intensité des crues.
Année hydrologique : période continue de douze mois choisie de façon à minimiser les reports hydrologiques d’une année sur l’autre. Elle débute à une date de l’année où les réserves sont au plus bas et est donc choisie en fonction des conditions climatiques de chaque région. En Normandie, celle-ci débute par convention au 1er septembre.
Évapotranspiration : quantité d’eau évaporée (à la surface du sol et des étendues d’eau) et transpirée par les plantes. Elle peut être potentielle (quantité d’eau potentiellement mis en jeu) ou réelle (quantité d’eau effectivement évapotranspirée).
Pluies efficaces : les pluies (ou précipitations) efficaces sont égales à la différence entre les précipitations totales et l’évapotranspiration réelle. Ces précipitations sont soit stockées, soit infiltrées (recharge des nappes) soit ruisselées.
Niveau piézométrique (ou par raccourci piézométrie): altitude ou profondeur (par rapport au sol) de la surface de la nappe souterraine.
Recharge des nappes: période/phénomène d’augmentation des niveaux des eaux souterraines. On parle régulièrement de recharge hivernale.
Vidange des nappes: période/phénomène de baisse des niveaux des eaux souterraines. On parle régulièrement de vidange estivale.
Débit de base / VCN3 / Q3Jn : il s’agit du débit du cours d’eau en l’absence de ruissellement consécutif à de récentes précipitations. La grandeur choisie pour le quantifier est le VCN3, débit moyen minimal calculé sur trois jours consécutifs pour une période donnée (mensuelle pour ce bulletin)
Hydraulicité : rapport du débit moyen sur une période donnée (mensuelle ou annuelle) à sa moyenne interannuelle sur cette même période. Elle permet de positionner simplement le débit d’une année ou d’un mois donné par rapport à l’année normale ou au mois normal.
Médiane : pour un échantillon de valeurs ordonnées, la médiane correspond à la valeur qui se trouve au point milieu de cette liste, permettant de couper l’ensemble des valeurs en deux parties égales (50%) en nombre de valeurs. Elle diffère de la moyenne de ces valeurs.
Fréquence ou Période de retour : la fréquence (au dépassement) d’un événement est la probabilité que cet événement soit atteint ou dépassé chaque année. La période de retour (ou récurrence) est l’inverse de la fréquence. Exemple : une crue décennale a, chaque année, une chance sur dix d’être atteinte ou dépassée
Débit mensuel quinquennal humide (resp. sec) : pour un mois considéré, c’est le débit mensuel qui a une probabilité de 1/5 (resp. 4/5) d’être dépassé chaque année. Il permet de caractériser un mois calendaire de forte hydraulicité.
Débit de base quinquennal humide (resp. sec) : c’est le débit de base (Q3Jn) qui a une probabilité de 1/5 (resp. 4/5) d’être dépassé chaque année.
Tarissement d’une rivière: phénomène de décroissance régulière du débit en l’absence de précipitations et d’intervention humaine
Étiage : période de l’année hydrologique où le débit d’un cours d’eau est bas. Il s’établit par le tarissement progressif du cours d’eau peu ou pas entrecoupé de précipitations.